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Pourquoi il faut fermer la FRA du golfe du Lion

Dix ONG interpellent les trois ministres en charge de l’environnement marin

Paris le 03 décembre 2020. Dix ONG, préoccupées par l’état du Golfe du Lion, demandent , sous la forme d’une lettre ouverte, aux trois ministères français en charge de l’environnement marin d’interdire de manière permanente tous types de pêche de fond dans la FRA du golfe du Lion et d’y délimiter une zone tampon où l’effort de pêche sera strictement encadré et contrôlé.

Depuis toujours, le golfe du Lion est une zone de pêche très convoitée par les flottes française et espagnole, ce qui a largement contribué à la dégradation considérable de la biodiversité observée ces 20 dernières années. La principale espèce victime de cette surexploitation est le merlu dont la sauvegarde était pourtant l’objectif premier de la mise en place par la Commission Générale des Pêches de Méditerranée (CGPM) de la zone de restriction des activités de pêche (Fisheries Restricted Areas, FRA), un outil essentiel pour permettre le rétablissement des populations de poissons et la protection d’écosystèmes marins vulnérables. 

Golfe du Lion : un échec patent

Depuis 2005, neuf FRA ont été instaurées en Méditerranée. Celle du golfe du Lion a été créée en 2009 dans le but de préserver les reproducteurs de merlu et d’autres espèces. Elle est unanimement considérée comme un échec pour une raison très simple : la CGPM y a autorisé le maintien de l’effort de pêche au niveau de celui de 2008. 

« Le merlu est maintenant au bord de l’effondrement sur tout le golfe du Lion, avec un taux de mortalité par pêche 15 fois supérieur au rendement maximal durable[1], le seuil considéré par la réglementation européenne comme durable  et le volume de captures dépasse de 100 % la biomasse du stock reproducteur» souligne Stéphan Beaucher, représentant de MedReAct.

Jabuka Pomo pit : une réussite éclatante

À l’opposé, Jabuka/Pomo pit, en mer Adriatique, une zone qui était surexploitée de longue date par les chalutiers de fond, est reconnue comme un modèle de réussite. La FRA y a été créée en 2017 ; elle comprend une réserve intégrale où la pêche de fond est interdite et une zone tampon dans laquelle l’effort de pêche a été réduit de moitié. Dix-huit mois après sa mise en place, les résultats étaient déjà probants :

  • La biomasse du merlu s’y est multipliée par 2,5 et celle de la langoustine a doublé ;
  • La FRA bénéficie d’un large soutien de la part des pêcheurs.[2]

Les enjeux de la fermeture de la FRA du golfe du Lion

En 2019, l’effort dans la FRA se résumait à 10 bateaux totalisant 170 jours de présence. Ces chiffres sont à comparer avec les 180 bateaux qui totalisaient plus de 10 000 jours/an sur le site de Jabuka Pomo pit avant la création de la FRA. Ces chiffres indiquent clairement que l’argument socio-économique qui sert systématiquement ou presque de prétexte pour ne pas mettre en œuvre des mesures de préservation ne tient pas. Loin de constituer un sacrifice, la fermeture de la FRA aux engins de fond est un investissement qui offre des retours à court, moyen et long terme, tant en matière d’augmentation de la biomasse, garante d’un avenir pour la pêche durable, que de régénération de la biodiversité marine, condition sine qua non de la résilience des océans et de leur capacité à stocker le carbone. »

« Plusieurs agendas convergent ; la Cour des Comptes européenne vient de publier un rapport[3] qui confirme en tout point les inquiétudes que l’on peut nourrir à l’égard des écosystèmes marins méditerranéens et parallèlement la Commission européenne travaille à l’élaboration des objectifs « biodiversité 30*30 », qui consistent à protéger 30% de la superficie terrestre à l’horizon 2030.  À l’heure où la France vient de doter son arsenal juridique du délit d’écocide, n’attendons pas que l’un des dix bateaux encore autorisés à pêcher sur la zone y capture le dernier merlu ! » a conclu Stéphan Beaucher.


[1]   Le rendement maximal durable est le seuil considéré comme durable  par la réglementation européenne.

[2] L’enquête menée par MedReAct (entretiens semi-directifs avec des pêcheurs italiens et croates) montre que 89% d’entre eux estiment que la FRA va améliorer la situation; 53% témoignent de la hausse des captures (de 60% en moyenne) et 42% ont constaté une augmentation de la taille moyenne des prises.

[3] Rapport spécial : « Milieu marin: l’UE offre une protection étendue, mais superficielle », Novembre 2020.

Image copyright – Laure Modesti-Jubin – 2020