MedReAct appelle la France et l’Espagne à stopper l’effondrement du merlu et à fermer la zone de restriction de la pêche du Golfe du Lion

Marrakech, le 11 juin 2019 

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Cette semaine, une Conférence ministérielle de haut niveau aura lieu à Marrakech les 11 et 12 juin pour examiner les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de la Déclaration MedFish4Ever, et renouveler et intensifier les engagements sur dix ans que 16 pays méditerranéens avaient signés en 2017 à Malte.

Il s’agissait alors de reconstituer les stocks de poisson et de protéger les habitats vulnérables et de développer, entre autres mesures, des zones de restriction de la pêche (Fisheries Restricted Area, FRA). L’objectif était d’assurer une protection efficace pour au moins 10% de la mer Méditerranée et de ses principaux habitats (par exemple, les zones de reproduction et d’accroissement des espèces commerciales), d’ici 2020.

C’est dans le prolongement de la déclaration MedFish4Ever qu’a été mise en place une zone de restriction à la pêche dans la fosse de Jabuka Pomo, située dans l’Adriatique centrale, une nurserie essentielle pour le merlu et la langoustine. Les résultats préliminaires de cette mesure, présentés par l’Institut océanographique croate au sous-comité de la Commission Générale des Pêches en Méditerranée (CGPM) pour la mer Adriatique en mai 2019, indiquent une forte augmentation de la biomasse d’espèces commerciales clés, comme le merlu, en moins de deux ans.

Cependant, d’autres pays méditerranéens sont loin d’offrir des résultats aussi encourageants. C’est le cas de la zone de restriction à la pêche du Golfe du Lion. Cette zone, initialement considérée comme “un refuge pour les géniteurs et les juvéniles des espèces exploitées à des fins commerciales garantissant la durabilité des pêcheries concernées” (Comité consultatif scientifique de la CGPM, 2008) n’a produit aucun résultat tangible depuis sa création, c’est à dire il y a déjà une décennie. Pour MedReAct ces mauvais résultats s’expliquent en grande partie par l’absence d’interdiction de la pêche profonde dans la zone de restriction et par la décision de la CGPM de limiter l’effort de pêche à celui déployé en 2008, ce qui est totalement insuffisant pour protéger les géniteurs et juvéniles et pour contribuer à restaurer un stock au bord de l’effondrement comme celui du merlu.

A l’heure actuelle, environ 78% des stocks de la Méditerranée et de la mer Noire évalués sont pêchés à des niveaux biologiquement non durables, bien que ce pourcentage ait légèrement diminué depuis 2014 (88%) (SoMFi 2018). Le taux d’exploitation le plus élevé est celui du merlu, qui surpasse de 12 fois le Rendement Maximal Durable (RDM) dans le golfe du Lion. Le merlu figure d’ailleurs sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN comme vulnérable.

L’augmentation incontrôlée de l’effort de pêche dans de nombreuses zones méditerranéennes a donc entraîné une surpêche chronique. Malgré certaines mesures visant à contenir l’effort et à réduire au moins la capacité de la flotte de l’Union européenne, les signes d’une inversion de la tendance d’exploitation se font attendre et le temps manque. Les raisons de la situation désastreuse des stocks de la Méditerranée sont facilement identifiables:

  • l’inefficacité des efforts pour réduire et contrôler la mortalité par pêche
  • le non-respect des avis scientifiques
  • l’existence de plans de gestion nationaux inefficaces

A l’occasion de la conférence de Marrakech, MedReact appelle la France à adopter des mesures efficaces de protection des ressources, y compris la fermeture de la zone de restriction (FRA) du Golfe du Lion, en s’inspirant de l’exemple de la FRA de la fosse de Jabuka.

Stéphan Beaucher, de MedReact déclare: “En Méditerranée, toutes les méthodes traditionnelles de réduction de capacité ont échoué et les stocks continuent à être surexploités. Les zones de restriction de pêche constituent une approche innovante qui part d’un constat simple : quand on arrête la pêche du fond sur une zone, l’écosystème se régénère. Cet outil a l’immense mérite d’être doublement égalitaire : tous les pêcheurs sont concernés par les restrictions et tous bénéficient à terme de l’augmentation de la biomasse qui en résulte. Mais pour obtenir ce résultat, il ne faut pas que les États les utilisent comme un outil de greenwashing, en créant des zones de restriction qui restent des coquilles vides, ce qui est encore trop souvent le cas.”

NOTES POUR LES ÉDITEURS

La Déclaration MedFish4Ever vise à garantir la durabilité environnementale, économique et sociale des pêches en Méditerranée sur le long terme. Signée en mars 2017, il s’agit d’une série d’engagements pris par les États de la région afin de franchir une étape décisive au cours des dix prochaines années en vue d’améliorer la gestion et la gouvernance des pêches. La Déclaration MedFish4Ever est disponible dans son intégralité à l’adresse suivante: https://ec.europa.eu/fisheries/sites/fisheries/files/2017-03-30-declaration-malta.pdf

Elle a été signée par 16 pays riverains de la Méditerranée : l’Albanie, l’Algérie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, Chypre, la France, la Grèce, l’Italie, Malte, Monaco, le Monténégro, le Maroc, la Slovénie, l’Espagne, la Tunisie et la Turquie, ainsi que l’Union européenne.

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