Journée mondiale des océans : “Mare Nostrum ou Mare Mortum ?” Pourquoi l’Europe ferme-t-elle les yeux sur la destruction de la Méditerranée ?

Grands prédateurs au bord de l’extinction, stocks majoritairement en état de surexploitation chronique, des captures de merlu 5 fois supérieures aux limites durables, 20 000 tortues dans les filets des chalutiers en 2014, désertification des fonds marins, coûts énergétiques non tenables… Tel est le paysage que laisse derrière elle la pêche industrielle, celle qui bénéficie le plus des subventions européennes.

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7 juin 2017. Alors que la Journée mondiale des océans sera célébrée demain un peu partout dans le monde, MedReAct interpelle l’Union européenne sur l’impact du chalutage en Méditerranée et souligne le paradoxe qui est au cœur de la gestion des pêches : Pourquoi les subventions vont-elles majoritairement à ceux-là même qui portent la plus lourde responsabilité dans la destruction des espèces vulnérables et des écosystèmes marins ? N’est-il pas temps de changer le cours des choses ?

Une nouvelle étude publiée par Nature Ecology & Evolution confirme le risque d’extinction de plusieurs espèces de grands prédateurs, y compris des requins et des raies. Certes, ces espèces ont pour caractéristiques communes d’avoir une maturité sexuelle tardive et un taux de reproduction faible, ce qui ne les a jamais empêchées de tenir depuis toujours leur place dans les écosystèmes méditerranéens. Ce qui est en cause est donc à chercher ailleurs, du côté de la surpêche de la part aussi bien des pêcheurs professionnels que récréatifs. Cette étude révèle également que le pourcentage des stocks surexploités est supérieur en Méditerranée par rapport à l’Atlantique Nord-est. Les 39 stocks évalués dans le cadre de l’étude affichent toutes des taux de capture qui indiquent la surexploitation. En raison de sa très forte valeur commerciale, le merlu est traqué par les chalutiers de fonds et dans une moindre proportion par les palangriers, ce qui lui vaut de figurer en tête des espèces surpêchées, avec des niveaux de capture 5 fois supérieurs à ceux que l’on pourrait qualifier de durables.

Mais l’impact du chalutage de fond, la technique la plus répandue en Méditerranée, va au-delà de la raréfaction du merlu. Au cours des trente dernières années, ce segment de flotte a connu une croissance exponentielle. Au fur et à mesure du déclin des stocks pêchés, le chalutage s’est fait plus profond, pour atteindre des nouveaux stocks à forte valeur ajouté comme les gambas, ce qui a créé des dommages irréversibles sur les fonds marins, un écosystème particulièrement fragile. Ces chalutiers font également des incursions régulières dans la bande côtière où ils entrent en conflit direct avec la petite pêche.

Les experts évaluent à 20 000 le nombre de tortues capturées en 2014 par les chalutiers italiens, la plupart d’entre elles étant tuées par noyade ou blessées. Mais les dégâts ne s’arrêtent pas là : Les chaluts trainés sur le fond ramassent ou détruisent tout ce qu’ils rencontrent : poissons mais aussi coraux, éponges et autres espèces animales endémiques. Alors qu’ils constituent la réserve de matière organique des espèces inféodées aux fonds marins, les sédiments constamment retournés par les chaluts s’appauvrissent, au point que certaines zones se transforment peu à peu en déserts sous-marins.

Le chalutage est un mode de pêche qui appauvrit notre mer et dont les coûts énergiques sont non soutenables. Le JRC de l’Union Européenne a ainsi calculé que pour les chalutiers de fond de 24 à 40 mètres, le ratio entre capture et consommation de carburant était de 4,25 : 4 258 litres de fuel (détaxé) pour 1 000 kg de poisson ! Ce chiffre est à comparer avec la consommation d’un senneur (filet utilisé pour le thon, la sardine et l’anchois) de taille équivalente : 169 litres pour 1 000 kg (2). Pourtant, ce sont les chalutiers de fond qui bénéficient de la plus grande part des aides européennes, qu’il s’agisse de subventions au carburant, à la modernisation des bateaux ou encore au chômage des marins pour cause de fermeture d’une pêcherie en raison de la faiblesse du stock (une mesure qui n’a jamais fait ses preuves en matière de restauration des stocks).

L’Union Européenne devrait mettre à profit cette Journée mondiale des océans pour reconsidérer l’utilisation qu’elle fait de ses aides et l’impact qu’elles ont sur la dégradation de la Méditerranée.

Mare Nostrum ne doit pas devenir Mare Mortum !

Images: MedReAct/Francesco Cabras: https://tinyurl.com/yc6j8zck

(1) An interview-based approach to assess sea turtle bycatch in Italian waters https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5408728/

(2) Scientific, Technical and Economic Committee for Fisheries (STECF) ; The 2016 Annual Economic Report on the EU Fishing Fleet (P. 159).

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